Road Trip · Mai 2026
Cette histoire, c’est Prune qui vous la raconte : bergère créole avec un œil unique. Vous nous découvrez ? Passez par ici pour savoir qui on est avant de commencer.
Je connais le rituel. La glacière qui réapparaît un matin. L’énervement ambiant. L’odeur du café qui est préparé autrement que d’habitude, plus soigneusement, plus lentement. Ce n’est pas le café du quotidien. C’est le café du départ.
En cette mi-mai, Loïc range ses carnets dans son sac, Solène vérifie ses niveaux de batterie. On part après un dernier détour par la piscine, parce que c’est comme ça qu’on fonctionne ici. J’attends dans le van. Je suis très bonne pour ça. Au retour des 2 poissons ca sent la javel, ca me chatouille la Truffe.
Ce voyage a quelque chose de différent, je le sens dans la façon dont Loïc conduit. La Flandre, c’est ses racines. Né à Malo-les-Bains, grandi à Bergues. Ces paysages portent ses yeux d’enfant. « C’est mon endroit de cœur » , il l’a dit une fois en prenant ses notes à la plume. Je l’ai regardé écrire. J’ai rien dit. Je suis une chienne, pas une thérapeute. Il plane un sentiment de fierté pour lui de faire découvrir cette région à son binôme – Solène.
Jour 1 ✦ Les Jardins de Séricourt
13h30. On prend la route vers le premier spot. Il pleut des cordes. Loïc avec son enthousiasme dit que ça va aller. Ouai… c’est lui qui le dit.
15h00. On arrive au parking des Jardins de Séricourt – 2 rue du bois 62270 Séricourt, un tout petit village du Pas-de-Calais qui sera notre 1er lieu de vilégiature. Toujours la pluie. On attend dans le van. Je m’impatiente, et on me demande du regard ce que je pense de la météo. J’ai pas répondu. Je suis bergère, pas météorologue.
16h00. Accalmie. Le binône prend les billets d’un pas décidé. « Go on a les 30 jardins à découvrir. » Je peux enfin me dégourdir les pattes.
Et là, quelque chose d’inattendu. L’humidité encore dans l’air fait quelque chose aux jardins, les couleurs sont plus intenses, les odeurs décuplées. Pour moi c’est un buffet olfactif sans fin. Pour Loïc et Solène, c’est une suite de tableaux dont ils n’arrivent pas à se détacher. Trente jardins, chacun avec son ambiance, le jardin guerrier, la cathédrale de roses, les topiaires taillés en spirale, on passe de l’un à l’autre comme dans une histoire qu’on n’a pas envie de fermer. On plane. Solène photographie, recadre, recule, recommence. En chemin, son téléphone sonne, son activité de bijoux. Elle répond en marchant, l’appareil à la main. Elle gère les deux. Je l’admire.
17h30. On s’installe juste pour regarder. Sans rien faire d’autre. C’est peut-être ça, le slownomade.
En sortant, on croise le golden retriever de Guillaume, le propriétaire des jardins. Il s’approche avec tout l’enthousiasme de sa race, trop, beaucoup trop. Je recule d’un pas. Je suis bien comme ça, moi. Il comprend pas, je lui fait comprendre en langage de chien… Cette fois c’est la bonne.
Loïc et Solène en profite pour parler quelques minutes avec Guillaume, lui parler de leurs activités, de ce qu’ils peuvent lui apporter. Je reste en retrait. Les mots, c’est leur travail. Le mien, c’est regarder. Et puis faut pas déconner, créer des sites web et des boites Email Pro c’est pas pour moi.
18h30. Retour au van sous une pluie battante. Loïc ouvre son carnet, Solène trie ses images. Sauf que j’ai faim. Et eux aussi. Le premier repas du voyage sent le chien mouillé. C’est moi. Je m’en excuse pas.
Jour 2 ✦ Matins brumeux, Mamie et Esquelbecq
7h00. Séricourt.
Mauvaise nuit ! Pourquoi me direz-vous ? J’ai du veillé toute la nuit, donc, grattages, rotations, re-grattage. C’est du travail sérieux la protection nocturne du Van. Et sinon, La pluie a rendu le van humide de partout. « C’est la vraie vie en van, ça« , dit Loïc en s’étirant. Il a l’air de trouver ça bien.
Il se lève, laisse Solène dormir, et on part explorer le coin à deux. Une chapelle du XVIe siècle, une ancienne voie ferrée envahie d’herbe, des maisons bien tenues avec des jardinets soignés et personne dans les rues. Un silence de village endormi qui a quelque chose de paisible. Avec Loïc, pas besoin de se parler. On marche, on regarde. Je sais ce que j’ai à faire et lui aussi. C’est comme ca que l’on fonctionne tous les 2.
8h30. On retrouve Solène pour le petit-déjeuner dans le van. Je suis humide, je sens la pluie mais l’herbe fraîche qui a chatouillé mes pattes m’ont rendu heureuse quand même. Je finis par manger ma gamelle. Petite victoire moi qui n’est pas grand appétit quand on est en vadrouille.
9h30. Les conditions météo ne s’améliorent pas. On lève le camp, direction Esquelbecq, avec un arrêt en route pour manger un bout et marcher. Ambiance détendue dans le van. On n’a pas d’heure. C’est ça, le luxe.
14h00. Chez la Mamie.
Quatre-vingt-seize ans. Elle nous attendait. On passe l’après-midi chez elle et par chance une cousine passe par là et partage ce moment, champagne, gâteau battu, discussions sur la vie d’avant. Les voix hausses d’un ton, les rires sont doux, les silences n’embarrassent personne. Je récupère ma nuit dans le van. Je les entends au loin. Je suis tranquille. Certains moments ne m’appartiennent pas.
18h00. Aire de camping-car d’Esquelbecq.
Propre, juste à deux pas du centre-bourg. On se pose. Je suis impatiente de découvrir ce que ce village propose comme odeurs. La réponse : beaucoup.
19h00. On passe voir Papi au cimetière et le présenter à Solène. Les chiens sont acceptés, c’est si rare. Je peux venir saluer quelqu’un qui comptait, un personnage charismatique et apprécié. Il y a des silences qui ne trompent pas. On reste un moment hors du temps qui passe.
Le retour au van se fait doucement. Loïc ouvre « Un été dans la Sierra » de John Muir. Solène fait défiler les réseaux sociaux. Je prends le soleil à l’extérieur ou ce qu’il en reste. C’est l’heure calme ou la vie s’apaise, les oiseaux ce taisent et les étoiles attendent pour leur moment de gloire.
Ce village est fait pour les nuits en van. Les cloches de l’église qu’on entend au loin, le cours d’eau qui clapote sans le voir, les voisins camping-caristes dans leurs habitudes du soir, les promeneurs. Un vrai plaisir simple mais exactement ce que j’aime.
Plus tard, Loïc dit depuis son siège, en regardant les briques flamandes par le pare-brise : « J’aime le lion des Flandres. Il me rappelle Prune. » Je ne dis rien mais mon regard en dit long.
Jour 3 ✦ Wormhout, Cassel
4h22.
C’est mon heure. Je me lève. On me rappelle à l’ordre. Je me recouche. Fin de l’histoire.
7h00. Ce matin, Solène décide de nous accompagner pour la balade elle n’est vraiment pas du matin, alors c’est une belle surprise. La chaleur est déjà là, étonnante pour un mois de mai en Flandre. Passage obligatoire par la Boulangerie Brocvielle, 2 rue de Bergues 59470 Esquelbecq – la boulangerie du village. Loïc commande la brioche beurrée de son enfance et la fait goûter à Solène avec une certaine fierté. Elle approuve. Le Nord marque des points.
8h00. Petit-déjeuner au van. Et là : mauvaise nouvelle, Starlink n’a plus de forfait et Le réseau à Esquelbecq ne facilite pas les choses. Il faut savoir que c’est 2 là sans internet ils sont perdu… Si bien qu’on range sans même réflechir. On lève le camp vers de nouveau horizon et plus, Beaucoup plus de 5G.
11h00. L’étang des Sources, Wormhout.
Il fait chaud. Je m’impatiente, c’est mon mode par temps chaud. On fait le tour de l’étang, les rayons de soleil sur l’eau, des canards qui s’en fichent complètement de nous. Loïc et Solène discutent d’un dossier de réseaux sociaux pas évident. Moi j’inspecte les rives. On a la chance d’échanger un moment avec une dame du coin, qui vit à Wormhout et parle de la vie ici avec une légèreté qui en dit long. Le constat est simple, les villages de Flandre ont gardés leur âme.
12h00. L’Estaminet du Jardin des Récollets, au pied de Cassel.
Loïc note dans son carnet : « C’est l’heure de passer aux choses sérieuses — manger !!! ». Il a raison.
Le Jardin du Mont des Récollets – 1936 route de Steenvoorde 59670 Cassel, c’est un endroit un peu à part. On y découvre le vin de chicoré, spécialité locale qu’on n’attendait pas. Une planche de fromages et charcuteries de la région, dans la salle de l’estaminet aménagée dans une vieille ferme. Hors du temps. Emmanuel, le créateur des lieux, s’installe un moment avec nous et raconte : il a tout commencé il y a trente ans, à partir d’une ferme en ruine sur cette colline. Aujourd’hui il restaure l’ancienne porcherie. Trente ans sur un même projet, avec la même passion. Il y a des gens comme ça, et ça fait du bien de les rencontrer.
14h00. Cassel.
Haaaa ! Cassel est un haut lieu de l’histoire des Flandres sur son mont, on voit les plaines jusqu’au bout de l’horizon. Si vous passez par là, venez. VRAIMENT. On gare le van à l’ombre près du cimetière c’est un bon point de départ. On commence par l’église collégiale. Je sais que je ne peux pas entrer. Je m’allonge d’instinct à l’entrée et je regarde les gens aller et venir. C’est un bon poste. Ensuite les ruelles pavées, la montée vers les remparts. Peu de touristes aujourd’hui, on a de la chance, le soleil est là, on prend notre temps. À l’office de tourisme, je fais ce que je sais faire : j’accepte les caresses, les gratouilles, les commentaires attendris. On est en plein slownomade. Plus loin, une galerie d’art. Un artiste qui dessine à l’encre de Waide, ça résonne chez Solène avec son univers bijoux fabriqué justement à base du pigment de waide. Elle entre. Je reste à l’entrée. Sage et tranquille. J’ai ce rôle depuis longtemps. La balade des remparts clôt la journée. 30°C contre les vieux murs, ce n’est pas naturel pour une âme du Nord. Mais la vue sur les plaines flamandes depuis là-haut, les clochers, les lignes droites, le vert partout ça vaut le coup.
Je vous ai préparé un tracé GPX du parcours pour les plus curieux d’entre vous pour marcher dans les traces de mes pattes.
On traîne. On ralentit. On sent que la fin arrive et aucun de nous trois n’a vraiment envie de rentrer.
17h00. Retour au van. On a chaud. On est contents mais calme. 2h30 de route nous attendaient.
Merci la Flandre.
Tu nous as montré tes jardins sous la pluie, tes villages silencieux à l’aube, tes gens qui sourient vraiment. Tu as redonné à Loïc ses yeux d’enfant et permis à Solène de te découvrir. Tu m’as laissée entrer au cimetière saluer Papi. Et quelque part entre tes briques rouges et ton lion de pierre, j’ai compris pourquoi ce voyage avait un goût particulier.
On reviendra.
Prune